13 juin 2005

"Syndrome de Stockholm" contre les "Infidèles"

On a souvent pensé à eux, à Mme Aubenas de Libération, surtout, mais aussi à son guide, ancien militaire de l'armée de Saddam Hussein... Hussein justement de son prénom, dont un court-métrage de soutien diffusé en salle à Paris, avant le film, rappelait récemment qu'il était "un vrai patriote irakien".

Nous avions même signé une pétition pour leur libération, comme si cette signature avait pu avoir le moindre impact (à moins que notre mobilisation nationale n'ait surtout contribué à faire monter les enchères)...

De même que pour "Georges et Christian", nous nous sommes réjouis de la libération. Mais de même que pour "Georges et Christian", nous nous inquiétons à présent du "Syndrome de Stockholm" généralisé qui nous atteint.

Eloquant à cet égard l'interview de Hussein dans le journal "Le Monde". Extraits : à propos des ravisseurs, qualifiés de "plutôt modérés", l'ex-otage irakien rapporte ces propos : "Si tu es un patriote irakien, alors tu es un frère pour nous.", et précise : "Ils ont été très, très gentils avec moi tout au long de notre détention. Ce sont des patriotes islamistes irakiens, vous comprenez..."

"L'un de mes oncles, qui est pro-américain et avec qui j'avais des discussions sans fin, vient de me dire qu'il l'admettait désormais : les Français sont beaucoup plus fidèles en amitié que les Américains."

En résumé : il y a d'un coté les patriotes irakiens, otage irakien et preneurs d'otage confondus, avec leurs amis fidèles : la nation française, état, peuple et journalistes confondus (et à ce sujet, les déclaration de Robert Ménard de RSF, un des plus grands soutients publics à Al-Manar et au Hezbollah en France, auront été aussi scandaleuses que lors de la prise d'otage de "Georges et Christian", mais on nous permettra de trouver l'absence de réaction à ces prises de positions largement aussi révoltantes), et de l'autre l'ennemi commun à cette valeureuse résistance, le représentant du Mal sur la Terre, j'ai nommé : les "américains", ceux qui en amitié comme ailleurs sans doute sont des... infidèles.

Demain Florence Aubenas fera une conférence de presse à Libé. Peut-être, espérons-le, dira-t-elle autre chose que ce que tout le monde attend ici : "merci, vous êtes merveilleux, c'est magnifique, continuez comme ça". Peut-être, espérons-le, dira-t-elle que ceux qui lui ont volé 5 mois de sa vie sont des salauds, que leur accoler le terme de "résistants" est une injure à l'esprit de résistance, et qu'il est temps que nous sortions du rêve tissé d'illusions par lequel nous essayons au XXIème siècle de nous voiler la face face au cauchemar d'un islamisme empruntant par bien des aspects au nazisme et au communisme du XXème siècle, la force d'un texte millénaire en plus.

1 Comments:

At 14/6/05, Blogger Anatole said...

Lu dans "Le Monde" , suite à la participation de Christian & Georges à l'émission d'Ardisson du 14 mai 2005 :

" [Christian & Georges] n'exprimaient aucune haine à l'égard de leurs ravisseurs, décrits davantage comme des résistants que comme des terroristes, ou plus exactement comme des résistants ayant recours à des méthodes terroristes. Est-ce un nouvel exemple du "syndrome de Stockholm", ce curieux phénomène psychologique qui amène certains otages à adopter le point de vue de leurs geôliers ? Pas exactement. Leur retenue a une autre origine. "N'insultez pas vos ravisseurs. Pensez aux prochains !" , leur ont dit leurs interlocuteurs des services secrets français".

Vous pensiez qu'en Irak il n'y avait plus, depuis le 12 juin dernier, d'otages en Irak ? Quelle erreur : nous avons déjà les prochains, ce qui nous obligerait à appeler "resistants" les salauds qui en Irak se sont mis au service d'Al-Qaida et de l'ancien dictateur irakien.

Ainsi, qu'il y ait effectivement ou non des otages français actuellement en Irak, nous restons "tous en otage" par anticipation...

Mais dans le cas de Christian & Georges, on devrait alors parler aussi de "syndrome de Stockholm" par anticipation, car cela fait belle lurette, depuis avant leur sequestration, qu'ils considèrent ces terroristes comme des "resistants".

Sur le site internet du Monde, un commentaire d'un abonné accompagne l'article mentionné (ce qui est significatif, c'est que la rédaction choisisse de mettre en valeur ce commentaire-là, bizarissime, plutôt que celui d'un autre abonné). Je cite : Chesnot et Malbrunot ne se sentaient pas les ennemis de leurs ravisseurs. En êtres humains - et journalistes - ils ont donc essayé de comprendre. Le syndrôme de Stockholm est une théorie bizarissime: elle culpabilise la victime dans ses stratégies pour rester humaine.

Comme si reconnaître un ennemi en celui qui vous opprime était "ne pas rester humain" ! On imagine en tout cas aisément contre qui certains seront prêts à utliser ce type d'arguments, et dans quels cas ils ne l'utiliseront pas.

 

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