19 juillet 2005

Fortifie-t-on son ennemi en le combattant ?

"A se dresser trop violemment contre l’islamisme, nous explique la nouvelle sagesse du monde, on le favoriserait : il s’agit-là d’une théorie pour laquelle on fortifie son ennemi en le combattant ! "

Pascal Bruckner, dans Le Figaro du 15/07/05, cliquer ici pour lire l'article

Mais au fait, fortifie-t-on son ennemi en le combattant ? Question fondamentale, pour laquelle j'avoue ne pas avoir de réponse générale. Certes, il est des circonstances et des combats pour lesquels cela semble possible. De là à généraliser... Certes, les grands Maîtres des arts martiaux orientaux témoignent dans leur art du principe taoïste d'harmonie universelle et du principe boudhiste de transcendance de l'ego qui s'accompagne d'une disparition simultanée de tout adversaire : il n'y a plus "personne", seule l'énergie spontanément harmonieuse règle en quelque sorte par la vertu de sa propre nature vacante les situations qui se présentent : résultat, le Maître est encore debout, détendu, les agresseurs se retrouvent au tapis (qui pourraient profiter de ce moment pour se détendre aussi).

Cela suppose beaucoup d'entraînement, des dizaines de milliers d'heures, cela suppose d'étudier les clés de la neutralisation, l'évitement, le cheminement de l'énergie, cela suppose une vigilance de premier ordre, cela suppose une grande lucidité sur soi-même et sur l'autre.

Ces principes des arts martiaux orientaux peuvent-ils servir de modèle à des stratégies militaires ou politiques ? Une stratégie où en réussissant à éviter les agressions et en se transcendant elle-même, une nation entrerait dans une danse cosmique où tout agresseur se verrait retourner contre lui-même et en quelque sorte par lui-même sa propre violence ? Cela mérite réflexion, mais il demeure certain, n'en déplaise à ceux qui croient avoir trouvé au sommet d'une montagne la vérité ultime sur toutes choses, que si des millions de personnes ne s'étaient pas engagées, le plus souvent au péril de leur vie, dans la resistance au nazisme, celui-ci règnerait sur l'Europe aujourd'hui.

Il faut aller vers la paix, pas nécessairement vers le pacifisme : les pacifistes des années 1930 sont les pétainistes des années 1940, leur choix fût-il inspiré sur les mystères les plus sublimes de la mystique la plus haute ou la plus vide qui soit.

Repousser comme absurde en général l'idée que l'on fortifie parfois son ennemi en le combattant n'est pas une bonne idée. Je ne suis donc pas tout-à-fait d'accord avec le point d'exclamation de Bruckner dans le passage cité.

Se convaincre au contraire, sans avoir le centième du millème de la pratique d'un Maître en arts martiaux orientaux, qu'en toutes circonstances face à un ennemi la meilleure chose à faire est de ne pas le combattre, suppose un mélange de bêtise et de lâcheté qui ne rapprochent certes pas du Maître taoïste.

En tout cas cette question, "fortifie-t-on son ennemi en le combattant ?", mérite qu'on y réfléchisse davantage, non ?

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