03 novembre 2006

L'Affaire

Ce midi, le journaliste de France-Inter qui interviewait un responsable israélien concernant l'accusation faite par Médecins du Monde contre l'armée israélienne d'avoir visé et tué des femmes palestiniennes, des civiles, semblait avoir quelque difficulté à recevoir les explications dudit responsable (pourtant en très bon français, ce qui n'est pas étonnant étant donné la place éminente d'Israël au sein de la francophonie réelle, sinon officielle), à savoir : d'une part des combattants palestiniens du Hamas se sont déguisés en femmes, et d'autre part le Hamas a appelé les femmes à descendre dans la rue, les terroristes se mêlant à elles (selon une tactique maintenant bien éprouvée visant à la fois à gêner la riposte israélienne et à mettre au service de la propagande anti-israélienne la mort de civil(e)s; lire à ce sujet cet article de Daniel Sibony).

C'est que nos compatriotes ne semblent guère conscients des ressorts de la propagande anti-israélienne, et cela nous conduit à reparler de "l'Affaire".

Disons-le d'emblée, la condamnation récente de M. Karsenty responsable du site internet http://www.m-r.fr, attaqué pour diffamation par la chaîne de télévision publique France 2 et par le journaliste franco-israélien Charles Enderlin pose un certain nombre de questions fort graves concernant notre démocratie.

Dans un article du Figaro du 14 septembre 2005, P. St Paul affirmait que Mohammed Al-Doura était mort "sous les balles israéliennes". De même, lors de son émission consacrée à Tsahal du 12 octobre 2006 dernier, Patrice Gélinet affirmait que la mort d'un enfant palestinien le 30 septembre 2000 à Netzarim avait nui à l'image de l'armée israélienne, suggérant que celle-ci était responsable de cette mort. Ces journalistes ne faisaient à chaque fois que reprendre l'opinion commune, dont la source est connue : le commentaire initial fait par Enderlin sur France 2 le soir même du 30/09/2000, commentaire accusant les tirs israéliens d'avoir ciblé l'enfant.

Moi, je n'était pas à Netzarim ce jour-là, et je n'ai eu accès qu'à une petite partie des enquêtes ayant été menées sur le sujet, donc je ne me prononcerai pas sur le fond. Mais je veux dire haut et fort que la condamnation de Karsenty ne doit pas nous impressionner au point de cesser de nous interroger sur le fonctionnement des médias et, à présent, sur celui de la justice de notre pays dans cette affaire.

Le fait est que, comme le montre l'exemple de St Paul ou de Gélinet, "les gens" croient que l'armée israélienne a ciblé et tué Mohammed Al-Dura ce jour-là. Or, Arlette Chabot, directrice de l'information sur France 2, a déclaré sur une radio française, en novembre 2004, que l'on ne pouvait pas affirmer cela. C'est donc que cette déclaration n'a pas eu auprès de l'opinion la diffusion qu'elle aurait dû. De même, le grand public (et cela semble inclure nombre de journalistes) ignore-t-il les déclarations de deux journalistes français connus qui affirment avoir vu, sur les images tournées le 30/09/2006 par le cameraman palestinien de France 2, des palestiniens faisant semblant d'être blessés et rapportent le commentaire d'un responsable de la chaîne pour qui "ils font toujours ça ces gamins".

Et il n'est pas non plus nécessaire de s'être trouvé à Netzarim le 30/09/2006 ni d'avoir de certitudes quant à ce qui s'y est passé pour constater que l'article paru le 16 septembre dans le Figaro après les réquisitions et avant le jugement rend assez étonnant ce dernier, contraire à l'avis du procureur qui, jugeant l'enquête de Karsenty "ni baclée, ni partiale", avait requis la relaxe.

Je pense que cette affaire est grave, et j'invite chacun à consulter les nombreux documents disponibles sur le sujet et à se faire ainsi sa propre opinion. Outre les liens donnés ci-dessous, nous reproduisons ci-après une lettre que nous a fait parvenir G. Huber, ainsi qu'un court extrait du livre de dialogue entre E. Schemla et P. Boniface, paru récemment.

Déclaration d'Arlette Chabot du 16/11/2004
Images et interview de Talal Abou Rame (le cameraman)
Articles récents de La Mena (27/10/2006 et 30/10/2006) et dossier de Serge Farnel
Articles de Karsenty
Debriefing.org
UPJF
Primo
Wikipedia
Google

* Une lettre de G. Huber, en date du 1/11/2006 :

À PROPOS DES IMAGES DE LA MORT DE MOHAMED AL DURA

Par Gérard Huber, écrivain, psychanalyste
Auteur de Contre-expertise d’une mise en scène (Éditions Raphaël, Paris, 2003)


Dans le Jugement du 17 octobre 2006 (Affaire France 2+Enderlin / Karsenty),
la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris a mentionné à plusieurs
reprises mon livre Contre Expertise d’une Mise en Scène, paru en 2003. C’est
pourquoi, je crois devoir donner quelques précisions.

1. Sur la question de la « cible »

Voici les paroles de Charles Enderlin qui a commenté les images en
provenance de Netzarim (Bande de Gaza), le 30 septembre 2000, : « Ici Jamal
et son fils Mohamed sont la cible de tirs venus de la position israélienne…
Mais une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé »,

Le mot « cible » signifiant le « but que l’on vise et contre lequel on tire
» (définition du Petit Robert), tous les téléspectateurs ont donc pensé que
l’enfant n’avait pas été tué accidentellement, mais qu’il avait bien été
visé, avant que d’être tué par l’armée israélienne.

Il faut rappeler que Charles Enderlin n’était pas sur place. C’est le
caméraman Talal Abu Rahma qui a capturé les images et qui a été témoin de la
scène. Or celui-ci a démenti, le 30 septembre 2002, avoir jamais dit que
l’armée israélienne avait tué l’enfant « intentionnellement et de sang-froid
», tout en affirmant que « d’où j’étais, je voyais que le tir venait de la
position israélienne »..

Il était donc possible de remettre en cause l’interprétation que Charles
Enderlin avait donnée de ces images sans pour autant douter de sa bonne foi.


2. Sur la question de la mise en scène palestinienne

Pour parvenir à cette hypothèse, j’avais multiplié mes sources. J’avais lu
tout ce qui avait été écrit sur le reportage, étudié les déclarations,
articles et documents disponibles en provenance des Palestiniens, les
résultats et commentaires de l’enquête israélienne, les articles de
journalistes israéliens, le documentaire de la journaliste allemande Esther
Schapira réalisé en 2002, puis visionné tous les rushes que détenait
l’enquêteur israélien (dont certains de Reuters et les 2 minutes et demi du
reportage de France 2, donnés à l’armée israélienne).

J’ai alors conclu qu’il n’y avait pas eu de commission d’enquête digne de ce
nom ni du côté palestinien ni du côté israélien et que personne n’était
capable de donner une version cohérente et sans faille de ce qui s’était
passé, le 30 septembre 2000, à Netzarim. J’ai aussi appris que Charles
Enderlin avait toujours affirmé qu’il avait coupé les images de l’agonie de
l’enfant, parce que « c’était trop insupportable », alors que ceux qui ont
visionné les rushes de France 2 affirment - semble-t-il – qu’ils ne montrent
aucune image de cette agonie. Puis, j’ai découvert, comme beaucoup de
journalistes après moi, qu’il avait existé une propension des Palestiniens à
mettre en scène et à filmer des « jeux de guerre » et non des faits de
guerre, ce jour-là, sur place, au même moment. Enfin, après avoir procédé à
de nombreux arrêts sur les images de la mort du petit Mohamed, j’ai constaté
qu’il n’y avait pas de trace visible d’impact de balles ni de sang sur les
corps de l’enfant et de l’adulte et repéré des procédés techniques pouvant
indiquer une mise en scène.



Voilà pourquoi, il était rationnel de croire en la bonne foi de Charles
Enderlin et de penser, en toute bonne foi, que les images de la mort filmée
de Mohamed Al Dura pouvaient être une mise en scène palestinienne.

G.H.



* Extrait de Halte aux feux, de P. Boniface et E. Schemla, Flammarion.

p. 246 : E. Schemla : "Certes, c'est Charles Enderlin qui lance inconsidérément l'accusation dans son commentaire du scoop. Mais en quelques jours, l'AFP l'endosse et la présente désormais comme un acquis. Alors que le seul comnentaire convenable, jusqu'à aujourd'hui, reste que l'enfant a été pris dans des tirs croisés [...]" et quelques lignes plus loin : "dès le départ, la présentation médiatique d'une Intifada de petits jeteurs de pierres était un montage dont les éléments d'appréciation se trouvaient sous notre nez."

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